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LA VALORISATION DES LOCAUX MONOVALENTS
par
Michel MARX
expert immobilier – chartered surveyor FRICS
Plan :
La
conversion d’un revenu brut en un revenu net
Le
taux de rendement et le taux de capitalisation
La
construction au taux de rendement
Les
valeurs locatives des locaux monovalents :
les
parkings et les garages-hôtels à voitures
les
maisons de retraite, de santé, de repos
Les
valeurs locative et immobilière des locaux monovalents sont intimement liées
et, depuis le début des années 1990, ceux-ci sont devenus de véritables
produits financiers.
La
valeur immobilière d’un local monovalent se trouve être la valeur en capital
d’un produit financier.
La
valeur d’un produit financier ne dépend pas des valeurs d’autres produits
financiers, ce qui exclut les méthodes par comparaison de biens similaires ou
équivalents comme c’est le cas pour les locaux d’habitation, et ne peut être
obtenue à partir de ses composants : terrain, gros œuvre, toiture,
menuiseries extérieures, chauffage, ravalement, plomberie, ascenseur.
La
valeur d’un produit financier ne peut être approchée que par
l’actualisation des flux futurs qui reste une méthode financière et non
immobilière, ou par capitalisation du revenu net.
La
conversion d’un revenu brut en un revenu net :
Le
revenu brut d’un immeuble, c’est son loyer ou, s’il est libre de location,
sa valeur locative, celle du marché à l’exclusion de toute décision
judiciaire ou renouvellement amiable, qui, par définition, n’est pas le marché.
Le
revenu net s’entend absolument net. On l’appelle quelquefois triple net. Il
s’obtient par déduction du revenu brut, des quatre charges incombant généralement
à un propriétaire :
-
le coût de la gestion immobilière qui est le plus lourd et peut représenter
5% du loyer
-
les grosses réparations de l’article 606 du Code Civil, à savoir
celles portant sur les gros murs et la réfection entière des couvertures.
Elles sont à répartir sur une trentaine d’années
-
l’assurance de l’immeuble
-
l’impôt foncier
Ces
charges peuvent être calculées avec précision mais lorsque le loyer est
voisin de la valeur locative, le revenu net représente le plus souvent 90 à
93% du revenu brut.
Le
taux de rendement et le taux de capitalisation :
Le
taux de capitalisation est immobilier. C’est le rapport entre le loyer et la
valeur du bien.
Le
taux de rendement est par contre financier. C’est le rapport entre le revenu
net de l’immeuble et le produit net de la vente.
Le
revenu net a été précédemment apprécié à 90/93% du revenu brut.
Le
produit net de la vente s’obtient par déduction des frais et droits de
mutation, à savoir : les honoraires de rédaction d’acte, les
commissions d’agences immobilières, le coût de l’obtention d’un prêt à
100% de la valeur du bien et les droits de mutation.
Les
frais et droits de mutation sont actuellement compris entre 6 et 6,50%, un peu
plus élevés pour les biens de faible valeur.
La
construction du taux de rendement :
Le
taux de rendement n’est pas le taux immobilier dégagé par les mutations
d’immeubles de même nature. Il doit se construire à partir de ses trois
composantes :
-
le
coût de l’argent :
S’agissant
d’un produit financier, le coût de l’argent est essentiel dans l’approche
de la valeur. Ce coût varie tous les jours. Il est donné par les OAT à 10 ans
et se situe actuellement aux environs de 3,50%
-
l’illiquidité
du capital :
Un
bien immobilier n’a pas la liquidité des valeurs mobilières qui peuvent être
rapidement négociées en Bourse. Une vente d’immeuble prend toujours
plusieurs mois, ce qui justifie de retenir 1 à 2% suivant la qualité de
l’emplacement
-
les
risques immobiliers
sont importants :
Ils
peuvent varier de 0 à 5%.
Ils
dépendent de l’emplacement, de la qualité du bien offert à la vente mais
aussi de la qualité du locataire et de celle de la rédaction du bail.
Pour
un bien immobilier loué au prix du marché, par conséquent à un niveau élevé,
à une grande société avec un bail d’une durée ferme, en général de 6
ans, les risques immobiliers sont faibles et peuvent être pris à 1 ou 2%.
Ce
pourcentage peut atteindre 3 à 5% pour un même bien immobilier
loué à un indépendant avec un bail classique. Mais s’il existe une
forte valeur de fonds de commerce, comme c’est le cas pour les hôtels, les
risques immobiliers sont considérablement réduits.
Le
taux de rendement peut en conséquence se construire ainsi :
ü
coût de
l’argent : 3,50% environ
ü
illiquidité
du capital : 0,50 à 2%
ü
risques
immobiliers : 0 à 5%
---------------
4 à 10,50%
et
la valeur immobilière est donnée par l’équation :
90 à 93%
du revenu brut
---------------------------------------------------------------
4% à 10,50% (taux
de rendement) x
1,062 (frais
& droits)
Le
résultat rapporté à la surface est à comparer aux ventes immobilières de
locaux équivalents.
Le
taux de capitalisation s’établit alors pour un revenu net de 5% à :
5%
x 1,062/92% = 5,77%
soit
un écart de 15% entre le taux de rendement et le taux de capitalisation.
Les
valeurs locatives des locaux monovalents :
Pour
les locaux monovalents, elle est rarement métrique parce qu’il existe des
usages particuliers qui consistent à retenir une quote-part de la recette hébergement
dont le niveau est très variable suivant la nature du local.
Mais
aussi, comme pour les boutiques, suivant qu’il s’agit d’une première
location ou d’un renouvellement de bail.
En
matière de renouvellement, il est retenu non la recette hébergement de
l’exploitant mais celle qu’il devrait réaliser, appelée recette théorique,
afin de ne pas tenir compte de ses bonnes ou mauvaises performances.
Il
va de soi, sauf à démontrer des anomalies dans l’exploitation que la recette
théorique doit se rapprocher le plus possible de la recette réelle.
Lorsqu’il
n’existe pas d’usage particulier, l’appréciation de la valeur locative ne
peut se faire qu’à partir de la surface.
Les
pourcentages de recette relevés, appelés improprement « taux de recette »
sont les suivants :
Ø
les hôtels :
-
10 à 20% de la recette hébergement hors petits déjeuners, en
renouvellement de bail suivant la catégorie de l’hôtel, les pourcentages
variant inversement aux prestations offertes par l’hôtelier :
ü
18 à 20%
pour les hôtels non classés
ü
17% en 1
étoile
ü
14 à 17%
en 2 étoiles
ü
12 à 16%
en 3 étoiles
ü
10 à 14%
en 4 étoiles
La
partie restauration, les salles de conférence sont évaluées à la surface,
les parkings à l’unité.
Encore
que le loyer, au demeurant jamais appliqué, du MERIDIEN MONTPARNASSE de 948
chambres a été fixé par jugement du 18/02/1999 en retenant une quote-part de
l’excédent brut d’exploitation de l’hôtelier, appelé G.O.P.
correspondant à 21,50% de la recette hébergement.
-
25 à 35%
de la recette hébergement petits déjeuners compris, pour les premières
locations plus 5 à 10% de la recette restauration, les recettes annexes étant
négligées.
Ainsi
le petit HOTEL FORMIO de 18 chambres non classées et à rénover pour partie,
boulevard de l’Hôpital à Paris 13ème prenait à bail à 27,50%
de la recette hébergement ou, à l’autre bout de l’échelle, l’HILTON ARC
DE TRIOMPHE, rue de Courcelles à PARIS 8ème, de 463 chambres livrées
clés en main en 2004, acceptait de payer un loyer de 35% de la recette hébergement.
Avec
un loyer de quelques 12 millions d’euros, cet hôtel se développant sur
24.600m² SHON plus de vastes sous-sols, a été loué 490 €/m² soit à très
peu près le prix pratiqué pour les bons bureaux du quartier.
Pour
rester une métropole d’affaires internationale, Paris devra se doter d’hôtels
modernes de grande qualité dont le niveau des loyers sera forcément à équivalence
avec celui des bureaux ou au moins des locaux d’habitation.
Les
décisions judiciaires sont moins généreuses.
Hormis
le MERIDIEN MONTPARNASSE qui reste une décision d’exception, le loyer du RITZ
a été fixé par la Cour à 11% de la recette hébergement (16ème
Ch. 12/12/1997) sachant que le Tribunal avait retenu 12,50% (jugement du
06/03/1996) et l’expert commis, Jacques VIGIE : 13,50%.
En
appliquant cette dernière décision à l’hôtel HILTON, le loyer serait divisé
par trois, entraînant ipso facto une importante valeur de droit au bail.
En
effet, la capitalisation de la différence entre la valeur locative de marché
et le niveau judiciaire envisagé conduirait, comme pour les boutiques, à un
niveau élevé de droit au bail.
Au
coefficient financier 7, le droit au bail s’établirait à 56 millions d’euros,
au coefficient 10 relevé lors des ventes de fonds d’hôtels 4 étoiles, le
droit au bail serait de 80 millions d’euros.
Peut-on
raisonnablement envisager de transférer une telle somme de la poche du bailleur
à celle de l’exploitant lors d’un renouvellement de bail ? Ou
marchons-nous sur la tête en retenant des taux de recette trop éloignés de la
réalité économique ?
En
tout état de cause, les fortes valeurs de fonds d’hôtel, représentant trois
années de chiffre d’affaires sont, pour une très large part, des valeurs de
simples droit au bail.
Ø
les cinémas :
-
5 à 10%
de la recette guichet en renouvellement avec une tendance à se rapprocher de
10%
-
5 à 20%
pour des premières locations : 10% dans les centres commerciaux, plus de
15% en centre ville
En
matière de cinéma, il existe une taxe dite TSA de quelques 14% de la recette
guichet instituée pour accorder des subventions aux exploitants qui modernisent
leurs salles. S’agissant d’une taxe interne à la profession, elle ne peut
être déduite.
Ø
les théâtres : 4,50
à 6 fois la jauge en renouvellement bail, la jauge étant la recette produite
par une représentation si la salle était pleine. Ce qui représente le plus
souvent un niveau de prix équivalent à celui d’un local d’activités voire
d’un entrepôt. Le marché est par contre quasi inexistant
Ø
les parkings et les
garages-hôtels à voitures :
-
3 à 4
mois de recette parking en renouvellement de bail, suivant la possibilité de
parking horaire
-
50 à 60%
de la recette parking pour les premières locations
Il
se dégage là encore de fortes valeurs de droit au bail expliquant le niveau élevé
des valeurs de tels fonds.
Ø
les cliniques :
14% du forfait journalier mais la récente disparition de celui-ci amène à
retenir un prix au lit ou un prix au mètre carré.
Il
n’existe pas de différence entre le marché et les loyers en renouvellement,
probablement parce que beaucoup de cliniques sont entre les mains de médecins
en activité ou retraités
Ø
les maisons de retraite,
de santé, de repos :
12% de la recette hébergement plus la valorisation du parc d’agrément les
accompagnant.
Sur
le marché, ce pourcentage peut doubler.
Ø
les pensions de famille
ont pratiquement disparu. L’évaluation se faisait à la surface
La
règle d’or était le tiercement : un tiers de la recette pour la rémunération
du capital, en l’occurrence le loyer, un tiers pour les frais de
fonctionnement, un tiers pour l’exploitant
Les
experts immobiliers sont à l’écoute des juridictions et des juristes pour
connaître les limites de la monovalence et par conséquent les limites des évaluations
qu’on leur demande à partir des usages observés dans la profession. Je
rappellerai simplement pour nous amuser, que l’ancienne piscine de l’HOTEL
LUTETIA rue de Sèvres à Paris 6ème est depuis longtemps donnée à
bail pour y exercer tous commerces… sauf piscine.
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